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Réécrire les évangiles: l’argument du Cardinal Ladaria contre l’ordination des Femmes

On vous pardonnerait de penser que diriger la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) exige une connaissance approfondie de la théologie. Et pourtant, cela ne semble pas être le cas actuellement. Dans une interview récente, le chef de la CDF, l’archevêque Luis Ladaria SJ, a fait une série d’affirmations qui sont sans fondement ou carrément erronées. “Le Christ a voulu conférer ce sacrement aux douze apôtres, tous des hommes, qui à leur tour l’ont transmis à d’autres hommes”, a déclaré le jésuite espagnol.

Il serait difficile d’intégrer davantage d’affirmations erronées dans une phrase si courte. Jésus a-t-il “ordonné” les Douze? Il ne l’a pas fait. Les Douze ont-ils «ordonné» des successeurs? Ils ne l’ont pas été. Les Douze étaient-ils le modèle original d’un ministère institutionnellement ordonné? Encore une fois, ils ne l’étaient pas.

Au lieu de cela, le Nouveau Testament (NT) témoigne d’une variété de fonctions, de ministères et d’arrangements institutionnels (prédicateurs itinérants, enseignants et apôtres, diacres, [conseils d’anciens], patrons de maison, etc.), dont beaucoup sinon tous étaient ouverts aux femmes à remplir (y compris celui de “diacre” et d'”apôtre”!).

Enfin, Ladaria saute sur l’hypothèse tacite et erronée que les Douze étaient le modèle original et exclusif du ministère «ordonné» à la conclusion tout aussi erronée que leur «masculinité» était essentielle à la «substance» même dudit ministère. Encore une fois, c’est tout à fait sans fondement: Ladaria aurait tout aussi bien pu argumenter que seuls les hommes juifs circoncis pouvaient être ordonnés ministres.

Ce que des déclarations similaires du Vatican passent sous silence c’est que le NT mentionne de nombreuses femmes comme d’éminentes disciples (Marie-Madeleine étant peut-être la première) et des ministres importantes dans l’église primitive. À la fin de sa lettre aux Romains, Paul salue un certain nombre de femmes, qu’il désigne par un titre: Junia, une «apôtre exceptionnelle» (!); Priscilla, une «collaboratrice dans le Christ» (un terme que Paul utilise comme synonyme de «apôtre»), ainsi que Marie, Tryphène, Tryphose et Persis, de qui on a dit qu’elles «ont travaillé très dur dans le Seigneur”.

Quelques lignes plus tôt, Paul accueille Phébée, une «diacre»; et en 1 Tim, 3-11, il y a même une liste d’exigences de traits de caractère pour les femmes diacres (parfois incorrectement traduit comme “épouses d’ [hommes] diacres”). Comme nous le savons d’ailleurs dans le NT, les «diacres» remplissaient des fonctions importantes et de haut niveau telles que la prédication, l’enseignement, ainsi que la distribution d’aumônes et de nourriture pendant les repas communs.

“Il n’y a ni Juif ni Gentil, ni esclave ni libre, ni mâle ni femelle, car vous êtes tous un en Jésus-Christ” (Ga 3, 28): c’est l’un des passages les plus profonds et les plus révolutionnaires de Paul et il est extrêmement regrettable que 2000 ans plus tard il soit encore contredit dans la pratique au sein de l’Église catholique, en raison d’une position idéologique fondée sur d’anciens préjugés misogynes, contraires à la preuve du NT et sourde au message libérateur de Jésus.”

Traduit par le “Réseau Femmes et Ministères”, Facebook Page: https://www.facebook.com/femmesministeres/